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Truffle Farms a quitté les lieux mais n'a pas dit son dernier mot

Le 11 janvier nous avons reçu un courrier de mise en demeure de la part du cabinet d'avocats "Les avocats du Thélème", représentant Truffle Farms, nous demandant de retirer de notre site les copies des newsletters de Truffle Farms du 24 mai 2018 et du 1er octobre 2018. Ces documents publiés initialement par Truffle Farms sur son site internet, comme le confirme le courrier d'avocat ci-dessous, avaient été supprimés par Truffle Farms en décembre 2018 suite à l'émergence de la contestation locale.

Ces documents, en plus de la brochure pour les investisseurs, étaient essentiels pour le débat public qui accompagnait le projet, surtout suite au refus de Truffle Farms de répondre aux questions des citoyens, c'est pourquoi nous les avions remis en ligne et les avions traduits en Français.

Le projet ayant été abandonné, et pour s'économiser une procédure inutile, nous avons choisi de retirer ces documents de notre site. Bien entendu, nous en conservons une copie.

Pour mémoire

Quelques citations extraites de ces deux newsletters qui montrent que ces documents attestaient :

1) de velléités de défrichement/plantations et de construction sur le Massif de Monnier :

the bureaucracy rumbles on and has resulted in us effectively having to give up 100 hectares on the high plateau of our land [...]

One takes it personally, as this land was very plantable, without huge costs of clearance. [...]

Protecting what remains - So we are down to 371 hectares. What we plan to do, is exercise our right during our ownership to build farm buildings on the plateau area we are retaining after 5 years.

2) de l'intention d'exploiter une surface plus grande que les 33 ha de l'autorisation d'exploiter :

Planting plans - The plan is to plant up to 40 hectares by the end of March 2019 in total this season [...]

we're only just getting started. We are nothing if not ambitious. [...]

Fencing - we are awaiting contractor pricing for the perimeter of the initial 40 hectares

3) de l'importance des défrichements envisagés :

Land clearance - This is critical activity given that much of our land will need to be cleared to varying degrees pre-planting. Essentially, we cannot replant where wild Mediterranean Oaks have previously been without a two-year break after clearance. This is because the land needs to be naturally voided of the existing sporal infrastructure that the soil will be contaminated with. A critical other factor is the nature of the limestone rock strata that is higly variable across les Jasses. Our tests and analysis over the summer have shown that even the hardest rock strata can be broken up with relatively small plant machinery. However, the planned acquisition of a twenty-ton excavator will, accelerate our land clearance programme significantly over the coming winter.

Noter qu'au même moment, était proposée une modification de la LOI n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 de finances pour 2019 applicable au 1er janvier 2019 visant à exempter de l'obligation de disposer d'une autorisation de défrichement prévue à l'article L.341-3 du code forestier les opérations de déboisement ayant pour but de planter des arbres mycorhizés par les truffes. Le 3 janvier 2019 la DRAAF Occitanie nous a informés que :

La proposition de loi visant à exempter d’autorisation les défrichements pour l’implantation de truffière (L341-2 du code forestier) n’a pas été retenue car ne relevant pas de la loi de finance

4) de velleités de réaliser des forages profonds et de prélever dans la nappe, d'une méconnaissance des limites de la ressource en eau disponible et procédures d'autorisation, et d'un scénario alternatif avec réalisation d'une retenue :

a vast lake revealed under Les Jasses*, a map showing a giant 5.09 km² underground aquifer/lake with a depth of 142m down to over 600m. In other words, a limitless source of water with a government access point that we were allowed automatically to use subject to a notification to the Herault (Departmental) water authority [...]

However, because of the delaying period we put back the bore hole survey and related drilling works. [...]

Next Works Program - There are a range of works that need to be completed over the coming months. These include the hydrology surveys that are being carried out as I'm writing, in preparation for bore hole drilling. Then head equipment and pumping stations will need to be established. We may have to dam an upper slope to the north east to create a water reservoir, but this depends on the outcome of the new bore hole drillings. With our two ewisting bore holes this is a safe back up plan to retain.

* nappe FRDG115 - il n'existe pas de lac souterrain de cette dimension

Pour rappel, suite notamment à la lecture de ces documents, nous avions publié une lettre ouverte. Le 29 décembre, Martin Waddell avait exprimé par SMS son absence d'intention d'y répondre publiquement en ces termes :

Are we required by law to make a public response ?

Cette attitude doublée de la suppression des documents auxquels nous faisions référence a logiquement enclenché l'activation du levier médiatique :

27 décembre – Midi Libre
28 décembre - RCF
31 décembre - Aujourd'hui en France ; Capital
3 janvier - La Depeche
5 janvier – Midi Libre
6 janvier - JDD
7 janvier - francebleu ; thau-infos ; e-metropolitain ; Lettre M
8 janvier - rcf
10 janvier - Gazette de Montpellier
12 janvier - midilibre
14 janvier - midilibre ; rcf
15 janvier - Lettre M
16 janvier - Charlie Hebdo
22 janvier - Reporterre
30 janvier - Les Echos
1er février - Midi-Libre
...

Les suites...

Dans sa lettre hivernale, le Président de la Fédération des Trufficulteurs de France Michel Tournayre a également pris position affirmant :

 je refuse de cautionner un tel projet vanté par des financiers à des fins spéculatives. Ces gens-là sont des marchands de rêve qui décrédibilisent la trufficulture. [...]

Ils parlent d'un rendement de 268 kg/ha/an à partir de la 12 ème année. C’est fou ! [...]

[TFE] dit qu'elle plantera 500 chênes à l'hectare alors que nous sommes à 250 ou 300. Ce sont tous des chiffres irréalistes et délirants.

Concernant les aspects agronomiques, le chercheur François Le Tacon, auteur de Les Truffes, biologie, écologie et domestication, éd. Agroparistech, a également pris position dans un courrier transmis à ACNAT LR, affirmant :

Même avec une truffière gérée correctement sur les 10 à 30 hectares utilisables, les rendements annoncés sont totalement irréalistes. Ce projet ne repose sur aucune base sérieuse. [...]

L’irrigation nécessite au minimum 100 mm pendant la période estivale, soit 10 000 m3 pour 10 hectares.

Du côté des autorisations, le préfet de l'Hérault nous a répondu le 17 janvier 2019 que :

A ce jour les services de l’État n’ont été saisis que d’une demande d’autorisation d’exploiter [...]

Les enjeux sur ce secteur sont, comme vous l’avez signalé, surtout importants sur les aspects eau et biodiversité. En fonction de la nature exacte du projet il pourrait être soumis à évaluation des incidences Natura 2000, voire à une demande de dérogation à l’interdiction d’atteinte aux espèces protégées. Les forages, en fonction de leur nature, peuvent être aussi soumis à la réglementation au titre de la loi sur l’eau.

Ce courrier tendait donc à confirmer les affirmations des citoyens et associations mobilisés.

Du côté de la Commission Locale de l'Eau de l'Hérault, était validé depuis le 14/9/2018 le Plan de Gestion de la Ressource en Eau du bassin de l'Hérault. Les Jasses se trouvant inclusent dans le secteur H3 de 200 km², il estimait le volume d'eau utilisable actuellement pour l'irrigation agricole l'été sur cette surface à 40 000 m3 d'eau (correspondant à environ 25 ha), avec une prospective à 2030 de +1 ha soit +6000 m3 d'eau seulement. Concernant l'aquifère FRDG115 il notait sa forte relation avec les eaux de surface (notamment l'Hérault) et préconisait :

d'éviter toute nouvelle sollicitation qui conduirait à une diminution des apports karstiques [au fleuve Hérault] pendant l'étiage

Du côté de la SAFER, le 21 décembre 2018, Martin Waddell écrivait à Simon Popy :

the approval of our project by the Department and SAFER and the granting of tax exemptions by the French impôt and other french authorities are all in place because their view supports the fundamental economic and ecological truths in what we are doing.

Le 22 janvier 2019, Christian Brun, directeur de la SAFER 34, interrogé à ce sujet répondait par courrier :

Il m'est donc facile de vous confirmer et de prouver, si nécessaire, que ce dossier est totalement étranger à notre société.

Côté DREAL, le porter à connaissance officiel issu du Système d'Information sur la Nature et les Paysages des 3 et 9 janvier 2019 confirmait la présence de 67 espèces d'oiseaux protégées sur l'emprise du domaine, de 10 espèces protégées d'Amphibiens et de 5 espèces protégées de reptiles.

Ces données ont été complétées au cours de l'année 2019 par les naturalistes locaux et portent à ce jour le nombre d'espèces d'Amphibiens (toutes protégées) à 12, de reptiles à 11 (toutes protégées sauf la Vipère des Garrigues), de Chauves-souris à 17 (!), avec une colonie d'Oreillards gris localisée dans le Mas des Jasses (suivi d'un individu par radiotracking) avec certainement d'autres espèces, le nombre d'espèces d'oiseaux à 74, la flore à 270 espèces avec une espèce protégée, la Gratiole officinale.

Suite à une mise en demeure de FNE LR les travaux de clôture de la prairie longeant le ruisseau de Gorniès ont été stoppés le 9 janvier 2019.

Malgré tout, Martin Waddell affirmait dans le Midi Libre du 2 février 2019 :

Il aurait été facile de conclure que ce dossier est fictif comme nos avocats l'ont suggéré.

Le 7 février, le collectif les Pieds sur Terre a organisé une réunion publique à Notre Dame de Londres, réunissant plus de 100 personnes.

Affirmant dans la presse revenir l'année suivante, Truffle Farms a quitté les lieux au printemps 2019. Les moutons sont revenus pour notre plus grand plaisir et nous avons passé un été avec une pointe à 44°C à Ferrières (à l'ombre) ce qui laisse dubitatif sur ce qui serait arrivé aux jeunes plants truffiers de 5 ans s'ils avaient été plantés comme prévus en mars 2019 sur plusieurs dizaines d'hectares, avec des possibilités d'irrigation très limitées.

A notre connaissance, le domaine est toujours en vente.

 

 

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