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Des colloques bla bla aux « aménagements structurants »

Le journal du CAUE de l’Hérault N°91 de décembre 2011 est, au travers d’un simple saut de pages, une vraie pépite pour observer le grand bond entre le discours et les actes. Les pages 6 et 7 sont une restitution du colloque du 14 octobre 2011 à l’Hotel du département ayant pour thème l'occupation des sols et le développement durable du territoire dans l’espace méditerranéen.
 
Nous adhérons aux propos de ce gentil colloque au travers de ses sous-titres :

  • des enjeux vitaux : consommation des sols, eau potable, agriculture nourricière…
  • une agriculture à préserver : le vice-président, délégué à l’agriculture rappelle les efforts pour maintenir une viticulture forte mais aussi pour soutenir une agriculture de substitution à la vigne,
  • de la responsabilité des élus : la vice présidente à l’environnement renchérit,
  • gouvernance et participation citoyenne : à nous de jouer… « Et ce ne sont pas les collectivités - au sens des institutions- qui font avancer, mais plutôt des petits groupes sociaux qui ont envie de faire autrement, de faire bouger les cadres référentiels » .

 
Mais il faut vite passer la page 8 des congratulations et aller au dossier de la page 9 : “Du projet de territoire au projet urbain”, pour exercer sa propre imagination, en opposant la dialectique à l’image (une carte très explicite), plutôt que de répéter bêtement des vérités de colloque.
 
Ainsi, à la page 14, il est question « d’un projet structurant pour le coeur du département » qui pourrait se traduire au regard de la carte en vis à vis page 15, par : le programme de destruction de la vallée de l’Hérault est lancé.
 
”Il s’agit d’aider ce territoire d’ « arrière pays » à se développer de manière authentique et autonome ! Une nouvelle forme d’urbanité au travers de nouveaux quartiers d’habitat [ne préjugez pas de la perpétuation de l’étalement urbain], d’équipements d’intérêt communautaires et d’activités économiques [on a enlevé le terme zone] qui s’étirent de Clermont à Canet, de Gignac à Popian et de St André de Sangonis à Gignac” [on les appellera écoparc et écosite].
 
Rassurons nous, les 3 km d’écotrucs à l’Est de la D 32 seront compensés en vis à vis à l’ouest par un parc écologique et d’agrément au parc économique (et hop les carrières). ”Un nouveau franchissement routier est à créer” [un nouveau pont sur l’Hérault] ainsi qu’une déviation pour désengorger des aménagements « structurants » de Canet et Clermont l’Hérault. Cette dernière ”joue un rôle fédérateur de pôle d’échange avec l’arrière pays [tiens on l’a repoussée plus loin, l'arrière pays] et de pôle commercial principal”. Est-ce pour cela que n’apparait pas sur la carte la plate forme logistique de la Salamane ? Parce qu’on avait promis de ne pas franchir l’A75 ? Ou bien est-ce une grande honte ?
 
Poursuivons : ”Le territoire viticole/oléicole est préservé [au nord de l’A750] tandis que l’espace du fleuve Hérault est abordé comme un grand espace public où se promener, se cultiver, travailler”. Ce lambeau de vallée résiduel sera bien sûr parcouru par une ”boucle multimodale” autrement dit les mêmes voitures, vélos et transports en commun sur les mêmes routes…
 
Et qu’advient-il des enjeux vitaux, de l’agriculture à préserver, de la participation citoyenne ? Il en reste la ferveur des élus pour les « beaux discours », celle des bons petits soldats bureaucratiques pour la dialectique, celle des officines pour la sémantique, celle de Vinci et consorts pour « un art de vivre » en coeur d’Hérault à l’horizon 2025.
 
Timon lepidus
 
*les CAUE (Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et d’Environnement) sont des organismes créés à l’initiative des Conseils généraux, présidés par l’un d’entre eux et financés essentiellement par une taxe sur la construction, perçue par les départements.

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